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L'invité du week-end : Raphaël Coudert, directeur de l'IUFM...

Ces  dernières semaines ont été plutôt mouvementées pour les antennes départementales de l’IUFM. Des menaces de fermeture ont été évoquées dans la région, et notamment pour des questions budgétaires. Pas d’inquiétudes pour celle du Puy qui annonce de nouvelles formations à l’avenir. Pour en savoir plus, nous avons interrogé Raphaël Coudert, le directeur de l’IUFM du Puy-en-Velay.

 

Haute-Loire Infos : Des menaces planaient sur la fermeture de l’IUFM du Puy, étaient-elles fondées ?

 

Raphaël Coudert : Il est clair que les menaces qui planaient sur l’antenne  IUFM du Puy étaient certaines depuis la promulgation successive de deux réformes majeures : la réforme sur l’autonomie des Universités et la réforme touchant à la formation des enseignants. Pour la première, les Universités sont dorénavant autonomes pour décider des formations qu’elles veulent proposer, des lieux dans lesquels ces formations seront dispensées… L’IUFM, école interne de l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, n’échappait pas à la règle. Pour la deuxième, depuis la rentrée 2010 les enseignants (professeur des écoles, enseignant en collège, lycée ou lycée professionnel, documentaliste, conseiller principaux d’éducation) seront formés au niveau master (bac +5) et devront dans le même temps réussir un concours à caractère national (nombre de postes décidé par le ministère….). Face à ces deux réformes, des questions cruciales pour l’avenir du site IUFM du Puy se posaient :

 

Est-il toujours utile de dispenser une formation initiale des enseignants décentralisée sur les départements ? N’est-il pas préférable, envisageable de centraliser la formation sur le seul site universitaire de Clermont ?

 

Le site de l’IUFM du Puy est il en mesure de délivrer une formation et une certification du grade de master ? La question de la recherche, et plus particulièrement celle de la recherche en éducation peut elle être présente sur le Puy ?

 

On le voit l’idée qui aurait pu être l’idée prédominante, consistait à dire qu’il est sans doute plus simple, peut être moins coûteux, de recentrer les étudiants en un même lieu, celui de Clermont-Ferrand. 

 

 

Haute-Loire Infos : Que propose l’antenne du Puy par rapport aux autres antennes départementales ?

 

Raphaël Coudert : Sans entrer dans un jeu de concurrence entre les sites départementaux, la particularité du site du Puy repose probablement sur la « taille humaine » de notre institut. En effet, les étudiants qui fréquentent ce site mettent toujours en avant le fait que l’encadrement est de qualité, la proximité avec les enseignants est importante, les réponses aux questions qu’ils se posent sont quasi immédiates… et dans tous les cas personne ne se sent noyé dans une masse, ni intégré dans un système au sein duquel les relations humaines sont absentes.

 

En termes pédagogiques, nous avons également la chance de pouvoir travailler avec des collègues qui conservent une classe pour une partie de leur temps de travail. Je pense notamment aux professeurs des écoles, maîtres formateurs, qui apportent toute leur expertise d’enseignants à nos étudiants mais également leurs expériences vécues au jour le jour dans les classes. Qui peut mieux parler de l’apprentissage du français que l’enseignant qui le matin même travaillait avec une classe de CP ? Qui peut mieux aborder la relation parents-enseignants que le directeur de l’école d’application en prise tous les jours avec ces problématiques là ?

 

De plus, nous développons une spécificité propre à notre département : l’enseignement en milieu rural. Là où d’autres travaillent sur les classes difficiles (type zone d’éducation prioritaire), nous essayons de répondre aux enjeux de la ruralité et des particularités de son enseignement : classes à multi cours, ouverture culturelle des zones rurales, problématique de l’orientation des élèves et des ambitions professionnelles… Un séminaire autour de cette thématique a d’ailleurs réuni plus d’une centaine de personnes mercredi 26 janvier. Le site du Puy doit devenir une force de propositions en la matière et développer des pistes de travail susceptibles d’être réutilisées ailleurs.

 

Haute-Loire Infos : L’IFM du Puy va proposer de nouvelles formations, quelles sont-elles ?

 

Raphaël Coudert : En dehors de la formation au master « métiers de l’enseignement et de l’éducation » qui conduit au professorat des écoles nous avons trois projets qui verront le jour à la rentrée prochaine :

 

Le premier consiste à la mise en œuvre du diplôme d’accès aux études universitaires (DAEU). Cette formation s’adressera en priorité aux personnes qui, n’étant pas titulaires du baccalauréat, souhaitent reprendre leurs études dans les domaines fondamentaux que sont la langue française, la culture générale, les langues étrangères… Outre la poursuite d’études universitaires que permettra cette certification, il s’agit surtout de disposer d’un niveau de formation reconnue dans le monde du travail notamment par les employeurs ; les personnes en recherche d’emploi ou souhaitant progresser dans leur emploi constituent le public cible de ce type de formation. Bien entendu cela suppose une adaptation de notre part aux contraintes de ce public en proposant par exemple des cours en soirée, le mercredi ou le samedi…

 

Le deuxième projet est plutôt à destination des collectivités territoriales. Il s’agit de leur proposer des formations qui touchent à notre domaine de compétences comme celui de la petite enfance, de la maîtrise de la langue française écrite ou parlée, de la possibilité de s’exprimer en langue anglaise ou encore de la mise à niveau en informatique. Certaines de ces formations pourront également être diplômantes. Un dialogue doit se nouer avec les collectivités territoriales pour que nous construisions avec elles les propositions en adéquation avec leurs demandes.

 

Enfin, nous allons proposer une préparation au professorat des écoles. Cette préparation s’adressera aux personnes qui sont déjà titulaires d’un master et qui souhaitent avoir une préparation ciblée sur le concours de recrutement de professeur. On sait que les personnes qui se présentent à ce type de concours le font nécessairement à deux ou trois reprises avant de l’avoir. Pour leur donner toutes les chances de réussite et éviter que ces personnes s’isolent dans une préparation qui ne serait que personnelle, ce type de formation me semble nécessaire. Là aussi des cours en soirée ou le week-end sont envisagés.

 

Toutes ces formations vont également nous donner l’occasion de mettre en place un système de formation à distance. Je crois beaucoup à ce type de formation non pas comme une solution miracle à toutes difficultés d’enclavement ou de disponibilités, mais comme une possibilité pour chacun de construire son parcours de formation. Il ne s’agit pas dans mon esprit de supprimer la part de l’humain et du contact nécessaire à tout acte de formation mais simplement à un moment précis de donner la possibilité à certains de s’extraire des contraintes d’éloignement ou de disponibilité. Une formation qui serait complètement à distance ne me semble pas opportune dans l’immédiat, il s’agit plutôt de formations type « hybrides » qui alterneraient des temps en présence du formateur et des temps à distance.

 

Haute-Loire Infos : Quel regard portez-vous sur l’avenir de l’IUFM du Puy ?

 

Raphaël Coudert : L’avenir de l’IUFM du Puy appartient à l’IUFM du Puy ; cela signifie que nous devons nous-mêmes être force de propositions, être inventif dans les projets que nous menons (à l’image du travail sur l’école rurale ou des formations à distance). Les étudiants sont de plus en plus responsables de leur choix d’orientation : orientation vers la profession choisie mais également orientation vers le lieu de formation souhaitée. Le pari du site du Puy est de rendre lisible notre offre et faire en sorte que celle-ci soit attractive.

 

Dans le même temps, il ne s’agit pas d’un repli sur soi même, bien au contraire. L’antenne du Puy entretient des relations avec plusieurs partenaires étrangers : l’Institut National d’Education de Phnom Penh au Cambodge, La Haute Ecole de Bruxelles, l’Institut du Thillm en Allemagne… mais également l’Espagne, la Grande Bretagne, l’Italie. L’enjeu est de poursuivre cette ouverture au monde et de faire en sorte que nos formations soient aussi diversifiées que nombreuses. C’est parce que l’ancrage sur le terrain altiligérien sera fécond que nous pouvons affirmer notre identité et travailler avec des partenaires français ou étrangers. 

 

Haute-Loire Infos : En dehors de l’IUFM, quel est votre passe-temps favori ?

 

Raphaël Coudert : Je suis issu du monde sportif et il est vrai que l’activité sportive reste un passe temps important pour moi. Le département permet en plus une pratique plurielle des activités en fonction des saisons : randonnée, ski de fond, cyclisme, escalade ou encore course à pieds… C’est un réel plaisir à la fois de pratiquer un sport mais également de le faire dans le cadre que nous offre ce département.

Haute-Loire Infos : Si vous deviez changer de métier demain, quel est celui que choisiriez, et pourquoi ?

 

Raphaël Coudert : Cette question est difficile mais elle peut aussi autoriser le rêve. Je regarderais du côté des métiers qui touchent au tourisme… mais je sais qu’être acteur du tourisme n’est pas la même chose qu’être touriste ! En tout cas au-delà de la faisabilité de ce rêve, c’est vrai que l’accueil de touristes, l’organisation de séjours… restent des activités qui d’emblée m’intéresseraient.

 

Haute-Loire Infos : Quel est le sujet d’actualité qui vous a le plus marqué ces dernières semaines ?

 

Raphaël Coudert : La situation au proche orient est forcément dans tous les esprits avec cette idée de liberté et de démocratie qui l’accompagne. En même temps ce qui me marque c’est surtout « l’actualité qui chasse l’actualité » comme si celle-ci s’achevait avec la fin de la couverture médiatique. Où en est le pouvoir en Côte d’Ivoire ? Qui sait aujourd’hui qui de Laurent Gbagbo ou de Alassane Ouattara dirige vraiment le pays ? Comment la population vit elle ces dernières semaines ? Je crois qu’il est difficile d’échapper aujourd’hui à la profusion, à la rapidité et à la disponibilité de l’information qui nous font perdre un peu les repères et nous transforment en consommateurs d’informations.