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16 mai

L'interview de Julien Caron, directeur du Festival de la Chaise-Dieu...


Le 50e Festival de La Chaise-Dieu aura lieu du 18 au 28 août 2016. L’occasion de revivre les temps forts du festival à travers une rétrospective, et de porter un regard sur l’avenir de cet événement qui attire chaque année, des milliers de spectateurs dans la cité casadéenne, et sur plusieurs sites dédiés à la musique classique. Avant de souffler les 50 bougies, nous avons interrogé Julien Caron, le directeur du Festival de la Chaise-Dieu…

Haute-Loire Infos : Une rétrospective est proposée cette année à l’occasion des 50 ans du Festival, quels seront les temps forts à ne pas manquer ?

Julien Caron : Précédée par deux concerts exceptionnels à la Cathédrale du Puy (« Vêpres à la Vierge » de Monteverdi, les 16 et 17 août) dans le prolongement du Jubilé, cette 50e édition a en effet été conçue elle aussi comme un « jubilé », c’est-à-dire comme un anniversaire festif qui permettra de revivre les temps forts qui ont jalonné l’histoire passionnante du Festival depuis sa création, à travers l’audition d’œuvres devenues, au fil du temps, emblématiques de son répertoire, et par l’accueil de solistes et de chefs qui ont été et demeurent ses « compagnons de route ». Ainsi, lors de la soirée d’ouverture, le 18 août en l’Abbatiale de La Chaise-Dieu, le pianiste Pascal Amoyel et l’Orchestre National d’Île-de-France reprendront le programme exact du 25 septembre 1966 (Schubert, Liszt, César Franck), « acte fondateur » du Festival, en hommage à G. Cziffra, à son fils G. Cziffra jr et à tous les pionniers du Festival. Toujours dans le domaine symphonique, les chefs Emmanuel Krivine (20 août) et Jacques Mercier (26 et 27 août), fidèles du Festival, seront également de la fête. Et ce gâteau d’anniversaire sera largement partagé avec plusieurs ensembles de musique ancienne, qui fêtent également leur « jubilé » : le 25 août, Françoise Lasserre fêtera les 30 ans d’Akadêmia avec le « Magnificat » de Bach ; le lendemain, Raphaël Pichon célèbrera les 10 ans de Pygmalion avec un programme de musique italienne du XVIe siècle ; et, à l’occasion week-end de clôture, Jean-Claude Malgoire dirigera deux fois la « Passion selon saint Matthieu », à la tête de La Grande Ecurie & la Chambre du Roy, qui, comme le Festival, fête ses 50 ans cette année !

Haute-Loire Infos :  Cette 50e édition se veut également une invitation à élargir l’horizon du Festival à travers de nouveaux répertoires ?

Julien Caron : Oui, cette volonté d’ouverture est le deuxième visage de ce 50e Festival, qui ne se limite pas à la célébration du passé, mais qui entend aussi défricher de nouvelles pistes. Notre identité artistique n’a d’ailleurs jamais été figée : né d’un premier « grand concert symphonique », le Festival s’est ensuite ouvert à la musique sacrée, puis s’est dédié dans les années 1980 principalement à la musique française, de Guillaume de Machaut à Olivier Messiaen. Tout en réaffirmant nos fondamentaux –le piano, la musique symphonique et la musique sacrée –, nous voulons cette année renforcer la place de la musique de notre temps, et montrer les croisements possibles avec les musiques sacrées « du monde ». Ainsi, dès le lendemain de l’ouverture (19 août), nous consacrerons avec le Chœur Britten (direction : Nicole Corti) un concert à l’écriture vocale contemporaine, avec quatre créations de compositeurs français : Gilbert Amy, Edith Canat de Chizy, Lucien Guérinel, et Philippe Hersant, à qui nous avons commandé une nouvelle version du « Magnificat » qui clôt ses « Vêpres à la Vierge Marie », splendide partition composée en 2013 pour les 850 ans de la Cathédrale Notre-Dame de Paris  - un autre « Jubilé » ! On retrouvera la musique de Philippe Hersant, intitulée « Fantaisies pour violon », dans le programme que dirigera Renaud Capuçon le 24 août en soirée. Pour ce qui est des musiques sacrées du monde, nous proposons le  22 août un programme de musiques médiévales d’Europe et d’Asie, dans la Chapelle des Pénitents, par Bruno Bonhoure et son ensemble « La Camera delle Lacrime », qui se veut une invitation à revivre le voyage d’un moine franciscain du XIIIe siècle qui se rendit à la Cour du Grand Khan : cette question du dialogue religieux est en pleine résonance avec l’actualité. Le lendemain, nous donnerons la « Misa Criola » dans l’Abbatiale, qui fusionne dans une synthèse très réussie la tradition occidentale et les rythmes chaloupés des musiques d’Amérique latine. Il y en aura donc pour tous les goûts !

Haute-Loire Infos : Le public du festival a-t-il évolué depuis sa création ? Qui est-il aujourd’hui ?

Julien Caron : L’histoire du Festival est d’abord celle d’une très belle « histoire d’amour » avec son public, dont la fidélité repose à la fois sur l’attachement à ce lieu magnifique qu’est l’Abbaye de La Chaise-Dieu, et sur les liens qui se sont tissés au fil du temps avec certaines œuvres et avec certains solistes emblématiques : pensons par exemple à Paul Mac Creesh, ce chef anglais qui est sans doute celui qui a dirigé le plus de programmes différents à La Chaise-Dieu, de Frescobaldi à Chostakovitch ! Il sera avec nous cette année pour deux concerts, l’un à Saint-Paulien (22 août), l’autre en l’Abbatiale (23 août). Il n’y a pas de plus grande fierté pour nous que d’avoir accompagné de nombreux festivaliers dans la découverte de l’immensité du répertoire musical : un jour, une de nos plus fidèles spectatrices m’a offert sa collection de disques vinyles, une succession de titres qui reflétait exactement l’évolution de son parcours d’auditrice, qui épousait celui du Festival ! Aujourd’hui, le public du Festival mêle à ces fidèles « de la première heure », des spectateurs réguliers, et également de nouveaux venus, qui poussent chaque année les portes de l’Abbatiale et découvrent émerveillés ce lieu où « les pierres [leur] parlent ». Par ailleurs, le rayonnement géographique du Festival, qui s’est progressivement imposé comme un événement d’envergure nationale et internationale, n’a cessé de s’entendre : en 2015, 34% des spectateurs étaient issus de l’Auvergne, 23% de Rhône-Alpes, 14% d’Île-de-France, et 3% de l’étranger (notamment de Suisse).

Haute-Loire Infos : Est-il possible d’ouvrir les portes du Festival à un plus large public ? De quelle façon va-t-on communiquer à l’avenir autour de cette manifestation ?

Julien Caron :
L’ouverture au plus large public est une préoccupation constante de l’équipe du Festival et de son Président Gérard Roche : la musique classique n’est pas réservée à une élite – ou plutôt, si elle est élitiste, ce n’est pas parce qu’elle s’adresse à une certaine classe sociale, mais, comme le dit la pianiste Anne Queffélec, parce qu’elle parle à la « meilleure part » de chacun d’entre nous ! Ces dernières années, avec nos partenaires publics et certains de nos partenaires privés, nous avons structuré une politique ambitieuse de médiation culturelle qui nous a amenés à diffuser la musique classique là où on ne l’attend pas forcément : dans les hôpitaux, dans les maisons de retraite, auprès des collégiens et des lycéens de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme… Parallèlement à ces actions solidaires et pédagogiques, nous renforçons cette année notre présence dans différentes villes et villages autour de La Chaise-Dieu, avec des sérénades données par des ensembles à vent, moments musicaux en accès libre qui s’adressent aussi bien aux habitants  qu’aux vacanciers et aux touristes de passage, sans parler des concerts aux kiosques à musique d’Ambert et du Puy-en-Velay qui connaissent toujours un grand succès.  Ainsi, le premier jour du Festival, nous animerons les quatre routes principales qui mènent à La Chaise-Dieu, avec plusieurs étapes musicales qui convergeront à 19h30 sur les grandes marches de l’abbatiale pour une ouverture « en fanfare » : chacun est invité à suivre la « caravane » du Festival !

Haute-Loire Infos : De quelle façon le Festival souhaiterait surfer sur le projet architectural lancé par le Département ?

Julien Caron : Partenaire principal et historique du Festival, le Département de la Haute-Loire est aussi le chef de file du grand programme de réhabilitation de l’Abbaye de La Chaise-Dieu, qui a été lancé en 2007. La vision économique et touristique que porte Jean-Pierre Marcon pour le site est complémentaire de la vision patrimoniale et culturelle qui était celle de Gérard Roche lorsqu’il a été à l’initiative des travaux. Nous nous inscrivons pleinement dans la dynamique du « Projet Chaise-Dieu 2015-2018 », qui vise à accompagner progressivement l’ouverture au public du site rénové : dès cet été, une première grande exposition, consacré au thème de la Crucifixion, avec des œuvres du peintre Mario Prassinos, et des toiles de Louise Delorme, préfigurera les grands événements que nous voulons porter collectivement pour étoffer l’actualité culturelle de l’Abbaye, en lien avec son passé prestigieux (expositions Picasso en 1981 et 1985). Par ailleurs, le siège administratif du Festival rejoindra bientôt l’Abbaye, nous mettant en capacité de développer des projets structurants dans le prolongement du Festival : notre premier événement « en saison » aura lieu à l’automne, avec l’inauguration d’un magnifique clavecin, actuellement en construction à Saint-Paulien dans l’atelier du facteur Frédéric Bertrand ; acquis grâce au mécénat de la Fondation d’Entreprise Omerin et du Groupe Texprotec, et parrainé par le talentueux Benjamin Alard, il est le symbole de cette nouvelle étape dans laquelle s’engage le Festival, pour cinquante années de plus !

 

 

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