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23 mars

Yannick Fialip : " Les agriculteurs ne sont pas des voyous ! "...


Le 70è Congrès de la FDSEA de la Haute-Loire s'est tenu mardi à Saint-Germain Laprade,  en présence des principaux acteurs du syndicat, et de Jérôme Despey, secrétaire général adjoint de la FNSEA. Une réunion qui a permis de revenir sur les années écoulées, et sur les principales préoccupations des agriculteurs aujourd'hui. L'occasion a également été donnée d'évoquer le syndicalisme et l'agriculture de demain en tenant compte du contexte actuel. Autant de sujets que nous avons évoqué avec Yannick Fialip, le président de la FDSEA de Haute-Loire...

Haute-Loire Infos : 70 ans de syndicalisme, c’est également 70 ans de lutte. Le monde agricole est-il plus ou moins écouté aujourd’hui ?

Yannick Fialip : C'est toujours difficile aujourd'hui de se faire entendre dans un monde ou tout va de plus en plus vite, où l'information va de plus en plus vite, on sait ce qui se passe dans la planète en instantanné. On rappelle que l'agriculture c'est un monde économique, mais c'est aussi elle qui vous founit ce qu'il y a dans votre assiette. Ce doit être un débat de société afin de savoir ce que l'on veut demain dans nos assiettes. Est-ce que l'on veut des produits locaux avec des agriculteurs qui génèrent de l'économie, ou est-ce que l'on veut seulement afficher un prix sans savoir d'où vient la nourriture, sans savoir où, et comment elle est produite. C'est le débat qu'on propose aujourd'hui en disant qu'on a la chance d'avoir une agriculture encore productive dans le département, gardons la, renforçons la, faisons des choix qui permettent aux agriculteurs de faire en sorte d'être plus présents dans les assiettes des consommateurs de la Haute-Loire et de la grande Région. C'est ce le combat que l'on essaye de mener, et là-dessus on commence à être entendus.

Haute-Loire Infos : Les agriculteurs n’arrêtent pas de se mobiliser autour des difficultés qui rencontrent (prix du lait, de la viande, fièvre catarrhale ovine, présence du loup), et sont souvent déçus du résultat. Est-ce que cela va être difficile de les retenir s’ils n’obtiennent pas satisfaction ?

Yannick Fialip : C'est vrai que l'on joue un rôle de catalyseur au niveau du syndicat, pour essayer de faire exprimer la colère, et de trouver des solutions. Malheureusement on est pas suffisament entendus sur les prix. Je crois qu'avant tout c'est au niveau européen que l'on doit trouver des solutions pour qu'on arrête ce jeu de dupes qui consiste à mettre en compétition les différentes agricultures. Au final, tout le monde est perdant, et un certain nombre d'agriculteurs remettent en cause l'Europe. Je pense que les agriculteurs ne sont pas des voyous, ils veulent vicre de leur métier. C'est pas simple, aujourd'hui on ne voit pas de perspectives, il suffirait de deux trois engagements politiques pour que l'on arrive à retrouver de la sérénité dans la filière.

Haute-Loire Infos : Vous aviez déclaré il y a quelques mois qu’1/4 des exploitations étaient en grande difficulté en Haute-Loire. Est-ce que cela risque de s’empirer dans les mois ou les années à venir ?

Yannick Fialip : Vu la conjoncture agricole actuelle, ça peut s'empirer. Le prix du lait est toujours bas, le prix de la viande aussi, on ne voit pas de perspectives dans les 5 à 6 mois à venir. Celà étant, les voyants mondiaux font que l'on va certainement remonter en termes de prix sur toutes les productions agricoles. En attendant, c'est très difficile pour des zones agricoles comme les notres, c'est pour celà que l'on a la volonté d'aller encore plus dans la segmentation des marchés, et dans la valorisation des produits qui sont faits en Haute-Loire, pour être un peu plus à l'abri des fluctuations mondiales, avec des hausses et des baisses. Les agriculteurs de montagne et de moyenne montagne comme en Haute-Loire, ne résisteront pas à ces fluctuations. C'est pour celà qu'il faut que l'on essaye de déconnecter le prix du marché mondial en valorisant notre production. Il y a un vrai savoir-faire en Haute-Loire, des vraies productions de qualité. C'est notre grand combat de demain.

Haute-Loire Infos : Dans ce contexte, comment apporter un message aux jeunes ou moins jeunes qui souhaitent s’installer un jour ?

Yannick Fialip : On a besoin des agriculteurs dans ce pays, et dans des départements comme la Haute-Loire, ça génére une économie locale importante. Un agriculteur c'est 6 à 7 emplois induits en amont et en aval de son activité. En Haute-Loire où l'on a à peu près 4000 exploitations, ça concerne entre 25 et 30 000 personnes qui travaillent autour de l'agriculture. On a donc intérêt à installer des jeunes agriculteurs sur un certain nombre d'exploitations. Ce n'est pas simple, le métier devient de plus en plus complexe, les décisions sont importantes à prendre. C'est pour celà que l'on va essayer dans les mois à venir d'aider l'ensemble des agriculteurs à avoir un appui technique et économique qui leur permet d'avoir un maximum de cartes en mains pour faire les bons choix sur l'exploitation.

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